Analyses · Le Paradoxe de l’or · 3e partie sur 3

Ce qu’il faut pour trouver les prochains gisements

La géologie d’abord, des méthodes de terrain éprouvées, des outils récents employés avec soin, un financement patient et des partenariats locaux.

Première publication : février 2026 · Révision : octobre 2026 · PMH Research · 8 min de lecture

Article révisé et doté d’un nouveau titre en octobre 2026 ; publié pour la première fois en février 2026 sous le titre « The New Explorers ». Les modifications sont présentées en fin d’article.

L’or a atteint des prix records au début de 2026. Les dépenses d’exploration en phase initiale n’ont pas suivi. Les deux premiers articles ont décrit l’écart et les forces qui l’expliquent : un capital qui privilégie les terrains connus, une base d’investisseurs qui finance les juniors de façon inégale, et des délais entre découverte et production de 16 à 18 ans en moyenne.

Certaines organisations s’emploient à combler ce vide. À notre avis, les mieux placées partagent quatre caractéristiques. Elles se laissent guider par la géologie. Elles financent l’exploration sur la durée qu’exigent les travaux. Elles combinent des preuves indépendantes et en énoncent les limites. Et elles travaillent, dans des régions sous-explorées, avec des partenaires locaux sur le long terme.

La science a changé, mais pas comme on le suppose souvent

La façon de trouver de l’or a évolué. Le changement tient surtout à une compréhension géologique plus profonde à chaque étape, les technologies nouvelles s’ajoutant aux méthodes établies. Dans les districts matures, la plupart des gisements affleurants ont été trouvés. Ce qui reste est surtout plus profond ou caché sous couverture.

Une exploration efficace associe trois choses : une connaissance géologique qui détermine où chercher, des méthodes de terrain éprouvées qui fournissent la vérité terrain (l’observation directe sur le terrain), et des méthodes plus récentes qui étendent la portée. Aucune ne fonctionne isolément.

La manière de choisir compte. L’intérêt du marché peut, un temps, favoriser une technologie plutôt qu’une autre. Le critère utile est de savoir quelle méthode répond le mieux à la question géologique dans un contexte donné, qu’il s’agisse d’une maille de géochimie des sols ou d’un modèle d’apprentissage automatique. Chaque outil est jugé sur son mérite géologique.

La compréhension géologique passe en premier

Avant qu’un seul échantillon soit prélevé ou qu’une seule ligne de levé aéroporté soit acquise, les décisions les plus importantes ont déjà été prises : dans quelle province géologique entrer, quel couloir structural viser, quel modèle de gisement appliquer.

La logique est simple. L’étude documentaire de la tectonique régionale et des ceintures métallogéniques donne une hypothèse sur les endroits où la minéralisation pourrait se trouver, et sur les raisons de sa présence. Cette hypothèse devient un modèle des types de gisements probables et de leur contexte. Du modèle découlent les zones à explorer.

Les instruments les plus sophistiqués ne peuvent pas trouver un gisement qui n’existe pas.

Les méthodes traditionnelles restent essentielles

L’exploration moderne n’a pas abandonné ses fondations. Les méthodes de terrain de base restent indispensables. La cartographie, l’échantillonnage et l’analyse observent directement le terrain.

La géochimie des sols et des sédiments de ruisseau est un pilier de la génération de cibles là où les sols sont résiduels. Un échantillonnage systématique, resserré sur les zones anomales, montre si une signature géochimique de surface est présente. La bonne maille dépend du problème géologique, du terrain et de l’échelle attendue de l’anomalie. Aucun jeu de données de télédétection ni aucun modèle ne remplace la mesure directe des concentrations en éléments.

La cartographie géologique, où des géologues parcourent le terrain et relèvent la lithologie, la structure, l’altération et la minéralogie, est l’étape de vérification essentielle. La télédétection doit être confrontée au terrain. Les modèles structuraux doivent être vérifiés sur affleurement, ou dans des puits et des tranchées là où les affleurements sont rares.

La géophysique mesure des propriétés physiques. La polarisation provoquée réagit aux matériaux polarisables comme les sulfures disséminés, qui accompagnent souvent l’or, mais les argiles et le graphite y répondent aussi. Les levés magnétiques, de plus en plus souvent réalisés par drone, aident à cartographier les failles, les zones de cisaillement et les contacts intrusifs. Chaque levé met à l’épreuve une idée que l’on se fait du terrain, et aucun ne mesure directement l’or.

Les analyses de laboratoire fournissent le socle quantitatif : pyroanalyse pour les teneurs en or, analyse multiélémentaire pour les éléments traceurs (ceux qui accompagnent l’or), et travaux minéralogiques qui éclairent à la fois le ciblage et, plus tard, la métallurgie.

Le forage est le test décisif. Là où le terrain est profondément altéré ou sous couverture, des sondages peu profonds à la tarière, en aircore ou en RAB (rotary air blast), qui échantillonnent le substratum altéré sous la couverture, remplacent souvent l’échantillonnage de surface comme premier test. Les forages en circulation inverse (RC) et les forages carottés au diamant testent ensuite les cibles en profondeur, et seuls les résultats de forage peuvent faire d’une cible une découverte.

La cartographie, l’échantillonnage, le forage et l’analyse restent la référence à laquelle tout le reste est confronté.

Ce qu’apportent les méthodes plus récentes

Les méthodes plus récentes changent l’exploration en étendant sa portée et sa résolution. Elles permettent aux géologues de voir plus profond, de couvrir plus de terrain et de détecter des signatures plus subtiles. Elles ne dispensent pas de la vérification sur le terrain.

Les levés électromagnétiques aéroportés cartographient la conductivité du sous-sol sur de grandes surfaces en une seule campagne1. Les conducteurs peuvent traduire des sulfures massifs, mais aussi du graphite, des argiles ou des eaux souterraines salées : chacun appelle donc une interprétation géologique. La profondeur et le niveau de détail utiles dépendent du système, de la conception du levé et du terrain.

La télédétection hyperspectrale enregistre de nombreuses bandes étroites de longueurs d’onde. Là où les roches affleurent, elle peut distinguer des minéraux argileux comme la kaolinite, l’illite et la montmorillonite, qui se forment dans des conditions différentes2.

La géochimie par lixiviation partielle vise à détecter de faibles signaux ayant migré à travers une couverture transportée, là où l’échantillonnage de surface classique n’est pas fiable3. Sa performance doit être établie localement, par une étude d’orientation sur une minéralisation connue et sur un terrain stérile.

Les termitières peuvent être échantillonnées comme support géochimique en terrain couvert, et une étude menée sur le gisement d’or de Garden Well, en Australie-Occidentale, a examiné les matériaux de nids de termites et de fourmis à cette fin4. De tels résultats valent pour le contexte où ils ont été obtenus. Appliquer la méthode ailleurs exige des preuves sur les espèces, le régolithe (la couche d’altération météorique au-dessus du substratum) et les processus de transport en jeu.

Ce sont des ajouts utiles à la boîte à outils. Ils complètent les méthodes traditionnelles sans les supplanter.

Intégration des données : quand la compréhension devient ciblage

L’étape suivante est l’intégration des données. Un programme moderne produit des images, des analyses, des levés géophysiques et des cartes, chacun avec sa résolution, ses unités et son incertitude. La question est de savoir comment les combiner en une décision de ciblage.

La réponse habituelle est l’analyse par superposition : les couches sont superposées, pondérées et recoupées pour repérer les endroits où plusieurs éléments de preuve concordent. Cette concordance a d’autant plus de valeur que ces éléments sont indépendants. Deux couches tirées de la même scène satellitaire partagent ses erreurs : elles ne sont donc pas indépendantes.

L’apprentissage automatique est un outil à l’intérieur de ce cadre. Des études publiées montrent qu’il peut aider à la cartographie de prospectivité minérale (le classement des terrains selon leur caractère favorable)5. Trois applications méritent d’être distinguées.

Interpolation et prédiction. Un modèle peut estimer des valeurs géochimiques entre les points d’échantillonnage, ou classer des zones où les données sont incomplètes. Cela aide à décider où échantillonner ensuite. Cela ne crée pas de nouvelles mesures. Une carte de prédiction tracée sur une grille de 200 mètres à partir d’échantillons prélevés tous les 400 mètres repose toujours sur des données à 400 mètres.

Fig. 1

Une grille plus fine ne donne pas des données plus fines

Les mêmes 16 échantillons de sol, avant et après le tracé d’une carte de prédiction par un modèle.

Schéma. La carte de prédiction aide à décider où échantillonner ensuite. Elle n’ajoute aucune observation nouvelle.

Fusion de données. Des modèles peuvent combiner télédétection, géochimie, géophysique et cartographie en une carte de cibles hiérarchisées. Le résultat est un score. Le qualifier de probabilité suppose de dire exactement ce qui est prédit et de montrer que de telles estimations se sont vérifiées. Un modèle entraîné sur des gisements connus favorise aussi les terrains qui leur ressemblent. Il n’existe pas de seuil universel au-delà duquel une cible mérite d’être forée. Cela dépend de l’incertitude, du coût du test et des autres options.

Planification des forages. Une application moins aboutie consiste à placer chaque forage là où il réduit le plus l’incertitude du modèle géologique.

L’essentiel du jugement reste humain. Les algorithmes apportent la couverture et la cohérence. L’équipe géologique apporte le contexte, et l’expérience nécessaire pour reconnaître qu’un motif statistique n’a pas de sens géologique.

Le financement patient

Une grande partie de l’écart décrit dans la 2e partie tient au financement. Les juniors cotées dépendent de marchés d’actions qui les financent de façon inégale. Les majors cotées opèrent dans le cadre de politiques de rémunération des actionnaires qui favorisent les périmètres qu’elles détiennent déjà.

Le capital privé peut échapper à certaines de ces contraintes. Un explorateur financé par des capitaux privés peut s’engager sur un programme pluriannuel sans avoir à le défendre chaque trimestre. Il peut rester sur une cible pendant plusieurs séries de tests.

Cet avantage est conditionnel. Le capital privé peut être rare, et il peut se retirer. Des sociétés cotées financent, elles aussi, une exploration soutenue. La structure de l’actionnariat ne prouve pas la qualité de l’exploration.

Les marchés boursiers réagissent aussi. Le financement des juniors a fortement rebondi en 20256. La contribution utile du financement patient est de soutenir l’apprentissage sans renoncer à la discipline : avancer quand les preuves confortent le dossier, réviser quand le modèle change, et réorienter le financement quand le dossier ne justifie plus le test suivant.

Des terrains sous-explorés

L’Afrique est couramment décrite comme sous-explorée au regard de sa géologie7. Elle a reçu environ 12 % des budgets mondiaux d’exploration en 2025, contre 10,4 % en 20246,7.

Fig. 2

Part de l’Afrique dans les budgets d’exploration, 2025

Part des budgets mondiaux d’exploration minière en 2025.

Source : S&P Global Market Intelligence, World Exploration Trends 20266. Chaque part correspond au budget 2025 de la région (2,32 milliards, 1,86 milliard et 1,44 milliard de dollars) rapporté au total mondial de 12,4 milliards de dollars ; S&P publie ces parts arrondies à 19 %, 15 % et 12 %. La part de l’Afrique était de 16 % en 2004 et de 10,4 % en 2024, selon le Center for Strategic and International Studies, à partir des données de S&P Global7. Les parts ne sont pas rapportées à la superficie, qui n’est qu’un repère grossier : dans chaque région, une grande partie de la surface correspond à des bassins plus récents ou à une couverture épaisse. Graphique et calculs de PMH ; S&P Global n’a pas revu cette analyse.
Voir le tableau
RégionBudget d’exploration, 2025, Md USDPart des budgets mondiaux d’exploration, 2025
Canada2,3218,7 %
Australie1,8615,0 %
Afrique, tout le continent1,4411,6 %

Les ceintures de roches vertes birimiennes d’Afrique de l’Ouest s’étendent sur plusieurs pays. Par leur style de gisement, elles sont globalement comparables aux ceintures de roches vertes plus anciennes qui abritent nombre des plus grands gisements d’or du Canada et d’Australie8. Les terrains affleurants de ces ceintures font l’objet d’une exploration intensive depuis les années 1990. Là où des sédiments transportés, en partie cimentés en cuirasse ferrugineuse, masquent le substratum, le terrain a été testé de façon bien moins systématique, car les échantillons de surface peuvent y être trompeurs9.

Y travailler demande plus que des capacités techniques. Il faut une présence, des relations de travail avec les communautés, les autorités et les partenaires locaux, et une infrastructure opérationnelle, le tout construit au fil des années. À notre avis, les méthodes d’exploration modernes donnent les meilleurs résultats lorsqu’elles sont associées à des partenariats locaux et à un engagement de long terme.

Chaque projet doit néanmoins être jugé sur sa propre géologie, ses propres preuves et les conditions de la prochaine étape des travaux.

Quatre traits qui comptent

De 2022 à 2025, la demande d’or des détenteurs de long terme a franchi un palier. L’offre est lente à répondre : le chemin de la découverte à la production prend environ 16 ans en moyenne, les découvertes majeures sont rares, et l’exploration en terrain vierge (grassroots) reçoit environ un cinquième des budgets d’exploration10.

À notre avis, les explorateurs les mieux placés pour trouver les prochains gisements partagent quatre traits.

01Guidé par la géologieLa compréhension géologique oriente chaque décision de ciblage.
02Financé avec patienceUn financement prévu sur la durée qu’exige l’exploration.
03Rigoureux sur les preuvesDes éléments de preuve indépendants, combinés et assortis de leurs limites.
04Ancré localementDes partenariats de long terme dans les régions où il travaille.

Personne ne peut dire d’où viendront les découvertes majeures de la prochaine décennie. À notre avis, elles favoriseront les organisations qui relient le jugement géologique à des observations fiables et à une suite disciplinée de décisions. Ces organisations disent clairement ce que les preuves étayent, ce qui reste incertain et quel résultat ferait changer le plan.

Note de la rédaction · octobre 2026Cet article a été publié pour la première fois en février 2026. Cette édition corrige trois affirmations techniques : ce qu’une grille de prédiction plus fine peut ou ne peut pas montrer, la question de savoir si un seuil de probabilité fixe peut justifier une cible de forage, et la profondeur que peut atteindre l’échantillonnage des termitières. Elle resserre aussi d’autres formulations techniques, et retire des chiffres de rendement et des statistiques régionales que nous n’avons pas pu rattacher à une source publiée. Cette édition reformule aussi plusieurs phrases qui allaient au-delà des preuves et met à jour, avec les données de 2025, la part de l’Afrique dans les budgets d’exploration. Le titre a été modifié en octobre 2026 ; l’article a d’abord été publié sous le titre « The New Explorers » (en français : « Les nouveaux explorateurs »).

Références

  1. Airborne electromagnetics, Geoscience Australia; Auken, E., Christiansen, A.V., et al., “An overview of a highly versatile forward and stable inverse algorithm for airborne, ground-based and borehole electromagnetic and electric data,” Exploration Geophysics, 46, 223–235, 2015.↩
  2. Van der Meer, F.D., et al., “Multi- and hyperspectral geologic remote sensing: A review,” International Journal of Applied Earth Observation and Geoinformation, 14(1), 112–128, 2012.↩
  3. Mann, A.W., Birrell, R.D., Fedikow, M.A.F., de Souza, H.A.F., “Vertical ionic migration: mechanisms, soil anomalies, and sampling depth for mineral exploration,” Geochemistry: Exploration, Environment, Analysis, 5(3), 201–210, 2005.↩
  4. Stewart, A.D., Anand, R.R., “Anomalies in insect nest structures at the Garden Well gold deposit: Investigation of mound-forming termites, subterranean termites and ants,” Journal of Geochemical Exploration, 140, 77–86, 2014.↩
  5. Rodriguez-Galiano, V., et al., “Machine learning predictive models for mineral prospectivity,” Ore Geology Reviews, 71, 804–818, 2015; Zuo, R., “Machine learning of mineralization-related geochemical anomalies,” Natural Resources Research, 26, 457–464, 2017.↩
  6. “World Exploration Trends 2026: what the latest data says about budgets, risk appetite and the project pipeline,” S&P Global Market Intelligence, 10 mars 2026; World Exploration Trends 2026, mars 2026 (rapport complet).Ajouté lors de la révision↩
  7. Baskaran, G., “Underexplored and Undervalued: Addressing Africa’s Mineral Exploration Gap,” Center for Strategic and International Studies (CSIS), 9 mai 2025.↩
  8. Goldfarb, R.J., André-Mayer, A.-S., Jowitt, S.M., Mudd, G.M., “West Africa: The World’s Premier Paleoproterozoic Gold Province,” Economic Geology, 112, 123–143, 2017.Ajouté lors de la révision↩
  9. Chardon, D., Grimaud, J.-L., Beauvais, A., Bamba, O., “West African lateritic pediments: Landform-regolith evolution processes and mineral exploration pitfalls,” Earth-Science Reviews, 179, 124–146, 2018.Ajouté lors de la révision↩
  10. “World Exploration Trends 2026,” S&P Global Market Intelligence, 10 mars 2026; mise à jour 2026 sur les autorisations et les délais, S&P Global Market Intelligence, 8 juillet 2026.Ajouté lors de la révision↩

PMH Research. Analyse fournie à titre d’information générale, à jour à la date indiquée. Elle ne constitue ni un conseil en investissement ni une prévision. Les données et opinions de tiers sont attribuées à leurs sources, qui n’ont ni revu ni approuvé cette analyse ; PMH ne s’engage pas à la mettre à jour.