Exploration : où vont les capitaux, et pourquoi
Allocation du capital, prudence des investisseurs et longueur des délais d’autorisation : pourquoi les budgets d’exploration aurifère sont en retard sur le prix depuis 2022.
Article révisé et doté d’un nouveau titre en octobre 2026 ; publié pour la première fois en février 2026 sous le titre « Why the Money Stopped Flowing Underground ». Les modifications sont présentées en fin d’article.
En février 2026, l’or se négociait près de son record. Depuis 2022, les budgets d’exploration n’avaient pas suivi. Dans l’article précédent, nous avons décrit l’écart : des prix records, peu de découvertes majeures, et une part de l’exploration en terrain vierge (grassroots) dans les budgets d’exploration, tous métaux confondus, passée d’environ la moitié à la fin des années 1990 à 21 % en 20251. Nous examinons ici pourquoi.
Nous attribuons cet écart à trois forces qui se renforcent mutuellement : l’allocation du capital par les entreprises, la prudence des investisseurs et la longueur des délais d’autorisation. Le resserrement monétaire engagé en 2022 a rendu les investisseurs plus prudents encore2. Ensemble, elles limitent la part des capitaux qui va à la recherche de nouveaux gisements, même quand le prix de l’or est élevé.
Trois forces, un même résultat
La discipline financière
La chute des prix des matières premières entre 2011 et 2015 a contraint le secteur minier à changer de cap. Les 40 plus grandes sociétés minières ont déprécié environ 199 milliards de dollars américains d’actifs entre 2010 et 20153. Beaucoup de conseils d’administration ont remplacé leur directeur général et fait de la discipline financière une priorité.
La stratégie a fonctionné, selon ses propres critères. Les bilans se sont assainis. Les marges de flux de trésorerie disponible ont augmenté.
Mais une discipline financière maintenue pendant une décennie a un coût qui n’apparaît pas dans les résultats trimestriels. Quand les prix montent, la trésorerie va en général d’abord aux dividendes, aux rachats d’actions et aux mines que la société possède déjà. Aux prix récents, les liquidités sont rarement la contrainte : de nombreux producteurs disposent d’une trésorerie nette positive4. La question est plutôt celle du rendement que les conseils d’administration et les actionnaires attendent des travaux en terrain vierge, qui rapportent plus tard que tout autre emploi des fonds et pèsent peu dans la valorisation d’une société tant qu’ils n’ont pas abouti à une ressource.
La contrainte tient au rendement attendu des travaux en terrain vierge, pas à la trésorerie disponible.
Ce n’est pas, en soi, une mauvaise allocation. La rémunération des actionnaires, les investissements de maintien, le développement et l’exploration répondent à des objectifs différents. Les grands producteurs ont bien augmenté leurs budgets d’exploration aurifère en 2025, mais en privilégiant nettement les terrains proches de leurs actifs en production5. La question est de savoir si un plan d’allocation du capital laisse de la place pour tester des idées nouvelles, et si cette place résiste à un résultat de forage qui renverse le modèle géologique.
Les plus grands producteurs ont aussi accru leurs réserves en les achetant, comme lors du rachat de Newcrest par Newmont ou de la fusion de Barrick avec Randgold6. Une acquisition redistribue des onces existantes sans en ajouter.
La prudence des investisseurs
La deuxième force est la prudence des investisseurs généralistes à l’égard des valeurs minières.
Certains mandats d’investissement excluent les industries extractives en tant que catégorie. Les sociétés juniors d’exploration sont les plus exposées à toute perte d’intérêt des investisseurs. Or les juniors réalisent une grande part des découvertes. En Australie, par exemple, elles ont trouvé 73 % des gisements découverts entre 2012 et 20217. Leur modèle dépend des marchés d’actions. Elles n’ont ni chiffre d’affaires, ni flux de trésorerie d’exploitation, et peu d’autres sources de financement.
Les juniors ont réduit leurs budgets d’exploration aurifère de 21 % en 2024, à environ 1,8 milliard de dollars8. Tous métaux confondus, les sociétés juniors et intermédiaires ont levé 10,3 milliards de dollars en 2024, soit 12 % de moins qu’un an plus tôt9. Les levées de fonds ont plus que doublé en 2025 avec la hausse des prix, mais une grande partie de ces capitaux est allée à des projets au stade du développement, et les sommes levées ne sont pas des sommes dépensées en exploration. Cette année-là, malgré des prix records, les juniors n’ont augmenté leurs budgets d’exploration aurifère que de 2 %, à 1,87 milliard de dollars, et leurs budgets d’exploration tous métaux confondus ont reculé de 13 %, à 4,39 milliards de dollars10. Les budgets suivent toutefois les levées de fonds avec un temps de retard : ceux de 2025 ont été en grande partie arrêtés avant la forte hausse des levées de fin d’année, et une bonne part de ces sommes ne devrait apparaître que dans les budgets de 202611.
Les levées de fonds des juniors et des sociétés intermédiaires ont reculé en 2024, puis plus que doublé en 2025
Fonds levés par les sociétés minières juniors et intermédiaires, tous métaux confondus, en milliards de dollars américains.
Voir le tableau
| Année | Fonds levés, Md USD |
|---|---|
| 2023 | 11,7 (calculé) |
| 2024 | 10,3 |
| 2025 | 21,4 |
Les sociétés qui font une grande part des découvertes sont souvent celles qui ont le moins de sources de financement.
Les pertes passées peuvent aussi jouer un rôle. Beaucoup d’investisseurs entrés dans le secteur minier près du sommet du dernier boom ont lourdement perdu lors du repli qui a suivi. Alors même que le prix montait tout au long de 2025, une grande partie des capitaux nouveaux est allée à des projets plus avancés.
Les délais d’autorisation
La troisième force est le temps. Mener une mine de la découverte à la production prend environ cinq ans de plus que pour les mines ouvertes entre 2005 et 2009, et l’allongement des phases d’exploration, d’étude et d’autorisation y contribue. La mise à jour 2026 de l’étude de S&P désigne les procédures d’autorisation comme la principale cause des retards de démarrage des mines dont l’entrée en production est prévue à partir de 2026, et relève que les États s’emploient à les simplifier12.
Cinq ans de plus entre la découverte et la production
Nombre moyen d’années entre la découverte d’un gisement et la première production, selon la période d’ouverture de la mine.
Voir le tableau
| Mines ouvertes | Années entre la découverte et la mise en production |
|---|---|
| 2005 à 2009 | 12,7 |
| 2020 à 2023 | 17,9 |
Ce n’est pas un plaidoyer contre la réglementation environnementale. Un développement responsable exige une évaluation rigoureuse, et l’issue dépend des communautés autant que des autorités. L’enjeu est la prévisibilité du processus.
Des procédures d’autorisation longues et incertaines pèsent surtout sur les travaux en terrain vierge (greenfield), car une nouvelle découverte doit franchir toutes les étapes, alors qu’une extension peut souvent s’appuyer sur des autorisations déjà accordées. Les conditions varient beaucoup d’un pays à l’autre, et à l’intérieur d’un même pays. Pour un explorateur, les grands classements de régions entières sont moins utiles que des questions précises : quels droits et quel accès exige la prochaine étape des travaux, quels éléments attestent qu’ils sont en place, et ce qui pourrait retarder un programme.
D’après notre expérience dans des régions sous-explorées d’Afrique, la tâche dépasse le coût de la conformité. Elle suppose une présence durable dans chaque pays où l’on détient des titres miniers, le respect du fonctionnement de chaque autorité minière, et la capacité de satisfaire à temps aux obligations de dépôt et de déclaration. Ces capacités demandent des années à construire.
Quand la plupart des sociétés font le même choix rationnel, étendre une mine existante plutôt que d’engager une nouvelle procédure d’autorisation, le résultat collectif peut être un secteur qui trouve moins de nouveaux gisements.
Qui finance l’exploration en phase initiale
Ces trois forces se cumulent. Les grands producteurs privilégient les terrains qu’ils connaissent. Les juniors dépendent d’un marché qui les finance de façon inégale. Les projets qui avancent font face à des délais de bien plus d’une décennie.
Plus l’écart dure, moins il y aura vraisemblablement de nouvelles mines prêtes dans les années 2040. L’essentiel de l’or produit aujourd’hui provient de gisements découverts il y a bien plus d’une décennie. Avec des délais de 16 à 18 ans, un gisement découvert en 2026 entrerait en production au début des années 2040.
Les capitaux et les budgets évoluent bien par cycles, et 2025 a montré qu’ils reviennent quand les prix montent. Ce qui tarde davantage à revenir, c’est le financement patient des idées en phase initiale.
Si le secteur minier coté ne finance pas assez ce travail, la question devient : qui le fera ? Les caractéristiques requises sont précises : un financement patient, qui n’est pas jugé trimestre après trimestre ; un travail scientifique visant à réduire le risque et le coût de l’exploration ; et la volonté de travailler dans des régions sous-explorées.
Ces exigences décrivent le type de groupe d’exploration que nous cherchons à bâtir, en complément du secteur minier coté et non à sa place. Ce qui compte, c’est de savoir si un financement de long terme peut soutenir l’apprentissage sans perdre en discipline.
Précédent · 1re partie← L’or en hausse, l’exploration en retard, 2022-2025 Suite de la série · 3e partieCe qu’il faut pour trouver les prochains gisements →Références
- “World Exploration Trends 2026: what the latest data says about budgets, risk appetite and the project pipeline,” S&P Global Market Intelligence, 10 mars 2026; “Budget allocated to grassroots exploration at all-time low,” Mining.com.↩
- “CES 2023: Monetary tightening weighs down exploration activity,” S&P Global Market Intelligence, 8 novembre 2023.Ajouté lors de la révision↩
- Mine 2016, PwC.↩
- “Record gold prices outpace rising mining costs in Q1’26,” World Gold Council, Gold Focus, 24 août 2026.Ajouté lors de la révision↩
- “Gold Exploration Recovers on Record Prices, But a Thinning Pipeline Poses Long-Term Risks,” S&P Global Market Intelligence, 4 juin 2026.Ajouté lors de la révision↩
- “Peak Gold: Is the World Running Out of Gold?” The Oregon Group, octobre 2025; rapports annuels des sociétés.↩
- “Outlook for the Australian junior sector,” MinEx Consulting, juin 2023.Ajouté lors de la révision↩
- “CES 2024: Gold exploration budgets down on value-oriented strategies,” S&P Global Market Intelligence, 20 novembre 2024.↩
- “Global exploration budgets fall as juniors tighten belts,” Mining.com, 21 février 2025, d’après les données de S&P Global Market Intelligence.↩
- “World Exploration Trends 2026: what the latest data says about budgets, risk appetite and the project pipeline,” S&P Global Market Intelligence, 10 mars 2026; World Exploration Trends 2026, mars 2026 (rapport complet).Ajouté lors de la révision↩
- The MiG Report, September 2025, et The MiG Report, December 2025, TSX et TSX Venture Exchange. Les sociétés minières ont levé 7,58 milliards de dollars canadiens de fonds propres sur les neuf premiers mois de 2025 et 15,98 milliards sur l’année entière, soit environ 8,40 milliards au quatrième trimestre (calcul de PMH).Ajouté lors de la révision↩
- “Average lead time almost 18 years for mines started in 2020–23,” S&P Global Market Intelligence, 10 avril 2024; mise à jour 2026 sur les autorisations et les délais, 8 juillet 2026.Ajouté lors de la révision↩
PMH Research. Analyse fournie à titre d’information générale, à jour à la date indiquée. Elle ne constitue ni un conseil en investissement ni une prévision. Les données et opinions de tiers sont attribuées à leurs sources, qui n’ont ni revu ni approuvé cette analyse ; PMH ne s’engage pas à la mettre à jour.
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