L’or à 5 000 $ et personne ne cherche
Des prix de l’or records en 2025 et début 2026. Des banques centrales qui achètent environ deux fois plus qu’avant 2022. Peu de découvertes majeures. Des budgets d’exploration inférieurs à leur niveau de 2022.
Lors de la première publication de cet article, l’or se négociait autour de 5 175 dollars américains l’once. C’était plus de 11 fois sa moyenne de 2005, environ 450 dollars, sans correction de l’inflation, et proche du record d’environ 5 600 dollars établi fin janvier 20261. On aurait pu s’attendre à ce qu’un signal aussi fort, avec un prix annuel moyen en hausse chaque année depuis 2016 et presque doublé entre 2022 et 2025, continue de tirer les budgets d’exploration vers le haut.
Jusqu’en 2022, ce fut globalement le cas. Les budgets ont reculé en 2019 et stagné en 2020, puis fortement augmenté en 2021 et 2022. Depuis 2022, ils ne suivent plus.
Les budgets d’exploration aurifère ont plus que doublé, de 3,3 milliards de dollars en 2016 à environ 6,9 milliards en 2022, avant de retomber à 5,55 milliards en 20242,3. En 2025, année où le prix moyen de l’or a dépassé de 44 % celui de l’année précédente4, ils se sont redressés de 11 %, à 6,15 milliards de dollars5, ce qui reste 11 % sous le sommet de 2022. Un peu plus de la moitié, 51 %, est allée à des sites miniers existants5. Les nouvelles découvertes majeures restent rares6.
Après 2022, le prix a continué de grimper. Pas les budgets.
Prix annuel moyen de l’or et budgets mondiaux d’exploration aurifère, de 2016 à 2025. Le budget de 2016 était le plus bas depuis 2006.
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| Année | Prix de l’or, USD l’once | Budgets d’exploration aurifère, Md USD |
|---|---|---|
| 2016 | 1 251 | 3,3 |
| 2017 | 1 257 | 4,05 |
| 2018 | 1 268 | 4,85 |
| 2019 | 1 393 | 4,29 |
| 2020 | 1 770 | 4,3 |
| 2021 | 1 799 | 6,2 |
| 2022 | 1 800 | 6,92 |
| 2023 | 1 941 | 5,92 |
| 2024 | 2 386 | 5,55 |
| 2025 | 3 431 | 6,15 |
C’est le paradoxe de l’or : depuis 2022, le prix a presque doublé et les budgets n’ont pas suivi.
Le signal-prix
L’or a établi 53 nouveaux records en 2025, et le World Gold Council situe le prix moyen de l’année à environ 3 431 dollars l’once, soit 44 % de plus que la moyenne de 20244. Le prix a encore battu des records en janvier 2026.
Début 2026, deux grandes banques prévoyaient des prix plus élevés. Goldman Sachs visait 5 400 dollars pour la fin 2026 et J.P. Morgan 6 300 dollars, mais les prévisions étaient très dispersées8.
Les achats des banques centrales sont passés en 2022, l’année du gel des réserves russes, à plus du double de leur moyenne antérieure et, avec 863 tonnes en 2025, restent nettement au-dessus4,9.
Les achats des banques centrales, avant 2022 et depuis
Achats nets d’or des banques centrales, en tonnes par an.
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| Période | Tonnes |
|---|---|
| 2010 à 2021, moyenne annuelle | 473 |
| 2022 | 1 082 |
| 2023 | 1 051 |
| 2024 | 1 092 |
| 2025 | 863 |
Deux tendances plus longues forment l’arrière-plan. La part du dollar américain dans les réserves de change mondiales est passée de 72 % en 2001 à 58 % en 202410. La dette mondiale totale, publique et privée, s’établissait juste au-dessus de 235 % du PIB mondial en 2024, et la dette fédérale américaine dépassait 38 500 milliards de dollars en février 202611.
Depuis 2022, les banques centrales achètent environ deux fois plus d’or par an qu’entre 2010 et 2021.
La réponse de l’exploration a marqué le pas après 2022
Face à cela, les budgets d’exploration aurifère ont atteint un point haut du cycle en 2022 et restaient, en 2025, inférieurs de 11 % à ce niveau.
Les budgets consacrés à l’or ont progressé de 11 % en 2025 par rapport à l’année précédente, et la part de l’or dans l’ensemble des budgets est montée à environ la moitié5,12. Les solides flux de trésorerie des grands producteurs ont financé l’essentiel de la hausse : les majors ont relevé leurs budgets de 15 % et ont représenté 57 % du total5,12.
La hausse de 11 % donne une image exagérée de la recherche de nouveaux gisements, car les budgets d’exploration remplissent trois fonctions différentes.
S&P Global répartit les budgets d’exploration en trois stades. L’exploration en terrain vierge (grassroots ou greenfield) est la recherche de nouveaux gisements dans de nouvelles zones. Elle est très risquée, et c’est le seul stade qui trouve des gisements dans de nouveaux districts. Les travaux de stade avancé évaluent des découvertes susceptibles de devenir des projets de développement. L’exploration sur site minier (minesite ou brownfield) étend des gisements connus sur des exploitations existantes. Les trois créent de la valeur. Seule la première réalimente le vivier en amont.
Tous métaux confondus, les travaux sur site minier prennent désormais la plus grande part des budgets : 45 % en 2025.
Où sont allés les budgets d’exploration
Répartition par stade des budgets mondiaux d’exploration des métaux non ferreux.
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| Année | Terrain vierge | Stade avancé | Sites miniers |
|---|---|---|---|
| 2020 | 24 % | 35 % | 41 % |
| 2022 | 25 % | 36 % | 38 % |
| 2025 | 21 % | 34 % | 45 % |
Tous métaux confondus, l’exploration en terrain vierge représentait environ la moitié des budgets à la fin des années 1990. En 2024, sa part était tombée à 22 %14, et elle a encore reculé à 21 % en 2025, tandis que les travaux sur site minier en prenaient 45 %15. Les budgets totaux sont passés de 8,3 milliards de dollars en 2020 à un sommet post-pandémie de 13,1 milliards en 2022, la part du terrain vierge restant stable, autour d’un quart12,13. Le glissement est venu après 2022 : les budgets de terrain vierge ont reculé d’environ un cinquième, et ceux des sites miniers ont augmenté. Chez les majors, la part des sites miniers a fortement augmenté en Afrique, en Amérique latine, et dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est16.
Le glissement vers les sites miniers existants, par région
Part des dépenses d’exploration des majors consacrée aux sites miniers existants, 2010 et 2024.
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| Région | 2010 | 2024 |
|---|---|---|
| Pacifique et Asie du Sud-Est | 27,3 % | 76,8 % |
| Afrique | 42,5 % | 65,4 % |
| Amérique latine | 27,1 % | 63,0 % |
Le bilan des découvertes va dans le même sens. La revue 2026 de S&P Global ne recense que neuf découvertes aurifères majeures depuis 2020, pour un total d’environ 38 millions d’onces. S&P situe la taille moyenne de celles faites depuis 2020 à 4,3 millions d’onces, contre 7,3 millions pour celles des années 2010, et aucune découverte des dix dernières années ne figure parmi les 30 plus grandes jamais réalisées6. La même revue recense 258 premières annonces de ressources de 2020 à 2025, pour 189 millions d’onces au total ; 115 de ces annonces, soit 45 %, concernaient des terrains vierges6. De tels décomptes dépendent du seuil de taille retenu par chaque base de données, et les découvertes récentes grossissent en général avec les forages ultérieurs : la période la plus récente est donc sous-estimée.
L’or des découvertes majeures, par période de découverte
Millions d’onces en réserves, ressources et production passée.
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| Période de découverte | Millions d’onces |
|---|---|
| 1990 à 1995 | 1 300 |
| 2000 à 2005 | 496 |
| 2020 à 2025 | 38 |
S&P a recensé 1 235 sociétés menant des travaux d’exploration aurifère en 2024, soit 8 % de moins qu’un an plus tôt2.
Le long délai entre découverte et production
Moins de découvertes aujourd’hui, c’est moins de nouvelles mines demain. Presque tout l’or produit aujourd’hui provient de gisements découverts il y a des années, voire des décennies.
S&P Global situe le délai moyen entre découverte et production à près de 18 ans pour les mines ouvertes entre 2020 et 2023, contre 12,7 ans pour celles ouvertes entre 2005 et 200917. L’étude couvre des mines d’or, de cuivre, de nickel et de lithium, et une mise à jour de 2026 situe la moyenne, sur 232 mines et projets, dont certains comptés jusqu’à leur date de démarrage prévue, à environ 16 ans. Ce sont des moyennes sectorielles, pas une prévision pour un projet donné. Elles suggèrent néanmoins qu’une découverte faite aujourd’hui se trouve, selon les délais habituels, à bien plus d’une décennie de la production.
Les mines existantes sont elles aussi sous pression. À mesure que les onces les plus accessibles sont extraites, les exploitations tendent à passer à des teneurs plus faibles et à des profondeurs plus grandes, ce qui tend à renchérir chaque once.
La production minière a atteint un record de 3 672 tonnes en 2025, contre environ 2 520 tonnes en 2005, selon les chiffres de GFMS et du World Gold Council4. Cela représente une croissance d’environ 2 % par an sur deux décennies.
Ce que disent les chiffres
Les banques centrales ont acheté entre 863 et 1 092 tonnes par an de 2022 à 2025. Les avoirs des fonds indiciels cotés (ETF) adossés à l’or ont atteint un record de 4 025 tonnes en 2025, après des entrées nettes de 801 tonnes. Ensemble, les deux ont absorbé 1 664 tonnes en 2025, soit 45 % de la production minière. La demande technologique s’est établie à environ 323 tonnes en 20254,9.
Le propos porte sur l’exploration, ce n’est pas une prévision de prix. L’or recyclé fait partie de l’offre, et un vivier de découvertes clairsemé ne détermine pas à lui seul le prix futur. Ce que montrent les données, c’est que les banques centrales et les fonds ont acheté davantage d’or, alors que S&P recense peu de découvertes majeures depuis 2020, et de plus petites que dans les années 2010.
Début 2026, le signal-prix n’avait jamais été aussi fort. Une question s’impose.
Pourquoi, avec un or à 5 000 dollars, si peu de capitaux sont-ils allés vers de nouveaux terrains ?
Suite de la série · 2e partiePourquoi les capitaux ont cessé d’aller sous terre →Références
- “What Was the Highest Price for Gold?” Investing News Network, mis à jour en février 2026.↩
- “CES 2024: Gold exploration budgets down on value-oriented strategies,” S&P Global Market Intelligence, 20 novembre 2024.↩
- “CES 2023: Monetary tightening weighs down exploration activity,” S&P Global Market Intelligence, 8 novembre 2023; “Gold exploration budgets 18% higher in 2018,” S&P Global Market Intelligence, 27 novembre 2018; et autres éditions annuelles de Corporate Exploration Strategies et de World Exploration Trends.Ajouté lors de la révision↩
- “Gold Demand Trends: Q4 and Full Year 2025,” World Gold Council, 29 janvier 2026.↩
- “Gold Exploration Recovers on Record Prices, But a Thinning Pipeline Poses Long-Term Risks,” S&P Global Market Intelligence, 4 juin 2026.Ajouté lors de la révision↩
- “Major gold discoveries remain scarce despite record prices,” S&P Global Market Intelligence, 1er octobre 2026.Ajouté lors de la révision↩
- LBMA Gold Price PM, moyennes annuelles publiées dans le LBMA Annual Precious Metals Forecast Survey, London Bullion Market Association.Ajouté lors de la révision↩
- Dépêches Reuters sur les prévisions des banques pour l’or, 22 janvier 2026 (Goldman Sachs) et 2 février 2026 (J.P. Morgan).↩
- “Gold Demand Trends Full Year 2023,” World Gold Council, 31 janvier 2024; “Gold Demand Trends: Full Year 2024,” World Gold Council, 5 février 2025.Ajouté lors de la révision↩
- “Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves (COFER),” International Monetary Fund.↩
- US Department of the Treasury, Fiscal Data; International Monetary Fund, Global Debt Database, mise à jour de septembre 2025.↩
- “World Exploration Trends 2026: what the latest data says about budgets, risk appetite and the project pipeline,” S&P Global Market Intelligence, 10 mars 2026.Ajouté lors de la révision↩
- “CES 2022: Minesite exploration leads, boosted by juniors,” S&P Global Market Intelligence, 1er décembre 2022; “Global exploration budget for metals jumps 35% year on year to $11.2 billion,” S&P Global, 18 octobre 2021.Ajouté lors de la révision↩
- “Budget allocated to grassroots exploration at all-time low,” Mining.com, d’après les données de S&P Global Market Intelligence.↩
- World Exploration Trends 2026, S&P Global Market Intelligence, mars 2026 (rapport complet).Ajouté lors de la révision↩
- “New study shows global mining is now a brownfield industry,” Mining.com, 22 janvier 2026.↩
- “Average lead time almost 18 years for mines started in 2020–23,” S&P Global Market Intelligence, 10 avril 2024; mise à jour 2026 sur les autorisations et les délais, S&P Global Market Intelligence, 8 juillet 2026.Ajouté lors de la révision↩
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